Volume 1 - Aby Warburg - Miroirs de faille

Volume 1 - Aby Warburg - Miroirs de faille

Écrits 1

Miroirs de faille

À Rome avec Giordano Bruno et Édouard Manet

15,4 x 22,5 cm (broché)
224 pages (33 ill. monochromes)
isbn : 978-2-84066-408-6

 

textes établis et présentés par Maurizio Ghelardi

parution : juin 2011

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24,00 € TTC

« Il y a un thème de l’histoire de la philosophie qui a passionnément occupé Warburg durant ces derniers mois et qui semblait l’attirer, lui qui s’était jusqu’alors tenu à l’écart de ce domaine, dans des espaces nouveaux et inconnus. Ses dernières études étaient consacrées à la personnalité et aux écrits de Giordano Bruno. Je lui avais moi-même souvent signalé Bruno car je sentais que, mieux qu’aucun autre, il était appelé à résoudre l’énigme de cet homme dont la pensée se meut entièrement dans ce qui relève de l’image et reste attachée à elle. »

Ernst Cassirer, Éloge funèbre du professeur
Aby M. Warburg, 5 novembre 1929.


À travers la figure de Giordano Bruno et la lecture du Déjeuner sur l’herbe de Manet, Aby Warburg, le grand spécialiste de l’art de la Renaissance, nous invite à quitter les chemins balisés de l’histoire de l’art. Reprenant la question de la migration des symboles, sur laquelle il s’était longuement penché en étudiant l’héritage et les survivances de l’Antiquité, Warburg s’intéresse désormais au nouvel espace de pensée que l’homme a conquis avec la naissance de la science moderne.
C’est à Rome, dans cette ville qui a gardé visibles toutes les couches de son passé et où affleurent toutes les traces de la culture visuelle européenne, que Warburg va nourrir ses ultimes réflexions et les jeter, éparses, sur le papier.

Journal de pensée, laboratoire d’écriture, ce volume présente une coupe – un écorché – des deux dernières années de la vie de Warburg. Entre les lignes d’un carnet de voyage rédigé à quatre mains avec Gertrud Bing, c’est aussi tout le grand projet de l’Atlas Mnémosyne que l’on voit ici prendre forme.

Textes établis et présentés par Maurizio Ghelardi (École normale supérieure de Pise).



Le projet de publier pour la première fois en français un large choix de textes d’Aby Warburg aux éditions de L’écarquillé constitue un événement éditorial majeur dans le champ des études consacrées à ce jour, en Europe et ailleurs, au célèbre historien de l’art allemand.
La collection qui voit le jour avec ce premier volume se propose de mettre à la disposition du public francophone un certain nombre d’essais et de notes en partie inédits, et d’apporter ainsi un éclairage nouveau sur tout un pan des recherches de Warburg, en apparence fort éloigné du champ de la culture figurative de la Renaissance.

Warburg, on le sait, vécut dramatiquement la fracture historique et culturelle de la Première Guerre mondiale. Mais si l’expérience traumatique de la guerre le plongea dans une grave crise personnelle, elle l’amena aussi à nouer des liens nouveaux, et profonds avec des penseurs comme Ernst Cassirer, Franz Boll et Franz Cumont. L’activité même de la Bibliothèque Warburg connut à cette période une mutation profonde. Ce moment marqua également le début d’une collaboration étroite entre Warburg et son assistante Gertrud Bing, comme en témoigne le présent volume.
À partir du début des années 1920, Warburg ne cessa d’approfondir sa vision de l’Antiquité à la faveur d’un double infléchissement méthodologique : resserrement des liens entre philologie et histoire d’une part, emprunts à la méthode anthropologique de l’autre. Warburg parvint ainsi à forger une conception renouvelée de l’Antiquité, dont il traquait dès lors l’héritage et les survivances jusqu’à l’époque de Rembrandt. Ce nouvel « espace de pensée » eut pour effet de raviver son intérêt pour la question de la migration des symboles ; mais surtout, il l’invita à retracer les grandes étapes de la lutte de l’humanité pour son orientation dans le cosmos.
C’est dans cette perspective qu’il convient de resituer l’intérêt de Warburg pour l’œuvre de Giordano Bruno, à laquelle il devait consacrer ses ultimes réflexions.

Notre projet éditorial s’attachera ainsi à reparcourir les grandes étapes de la réflexion de Warburg entre les années 1924 et 1929. Il propose parallèlement de faire découvrir au lecteur une série de recherches inédites élaborées entre les années 1900 et 1913, et qui apparaissent comme autant de points de départ et de jalons essentiels de la pensée warburgienne. De cette période antérieure datent des écrits aussi différents que les « fragments sur l’expression », dans lesquels se dessine le projet général d’une grammaire figurative, le cycle de conférences hambourgeoises de 1908-1909 consacrées à des figures comme Mantegna et Pétrarque, ou encore les leçons de 1912 sur l’astrologie, où celle-ci se voit définie comme une volonté de « saisir les phénomènes célestes sous forme humaine afin de contraindre et d’enfermer la force démonique dans l’espace d’une image ».

L’éditeur et les directeurs de cette nouvelle édition des écrits de Warburg ne proposent donc pas seulement d’offrir au public des spécialistes une approche nouvelle de la pensée warburgienne ; ils souhaitent également ouvrir un chantier en contribuant à repenser l’œuvre d’une des figures qui ont le plus profondément marqué notre tradition culturelle et figurative.

Maurizio Ghelardi, Susanne Müller, Roland Recht,
mars 2011.

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